THEÂTRE ET LUTTES ECOLOGIQUES EN BRETAGNE : DE LA MAREE NOIRE A LA SCENE MILITANTE
ERIC FERNANDEZ LEGER
I. GÉNÉALOGIE D’UN TRAUMA : L’AMOCO CADIZ COMME MATRICE DRAMATURGIQUE
I.1. La marée noire comme événement total
Le naufrage de l’Amoco Cadiz, le 16 mars 1978, constitue l’un des plus grands désastres pétroliers de l’histoire européenne. Mais au-delà de sa dimension environnementale, il s’agit d’un événement total, au sens où Marcel Mauss désigne les phénomènes qui mobilisent simultanément toutes les dimensions d’une société : économiques, politiques, symboliques, affectives, rituelles.
La marée noire n’est pas seulement une catastrophe écologique : elle est une fracture anthropologique.
Un effondrement du monde vécu
Pour les habitants du littoral breton, l’événement marque un basculement brutal :
– les plages deviennent méconnaissables,
– les oiseaux meurent par milliers,
– les filets, les ports, les rochers sont saturés de pétrole,
– les métiers de la mer sont paralysés,
– les paysages, supports d’identité, sont détruits.
Ce n’est pas seulement un territoire qui est touché, mais un mode d’existence.
La catastrophe agit comme une dépossession symbolique : la mer, jusque-là nourricière, protectrice, devient hostile, contaminée, trahie.
Un traumatisme collectif durable
Le traumatisme ne se limite pas à l’événement initial. Il s’inscrit dans la durée :
– lenteur des procédures judiciaires (14 ans de procès),
– sentiment d’abandon par l’État,
– invisibilisation médiatique progressive,
– impossibilité de “tourner la page”.
Ce temps long du trauma est essentiel pour comprendre la dramaturgie qui en découle : le théâtre breton ne représente pas seulement la catastrophe, il travaille la persistance du choc, la manière dont il continue d’habiter les corps, les gestes, les récits.
Un événement fondateur pour la conscience écologique bretonne
L’Amoco Cadiz constitue un moment de bascule dans la politisation écologique de la Bretagne.
Il fait émerger :
– des collectifs citoyens,
– des formes de mobilisation inédites,
– une conscience aiguë de la vulnérabilité du littoral,
– une défiance envers les multinationales et les institutions.
Cette politisation diffuse irrigue les pratiques artistiques.
Le théâtre devient un lieu où s’élabore une contre-histoire de la catastrophe, une mémoire alternative, un espace de résistance.
I.2. Le littoral comme scène blessée
Le littoral comme archive traumatique
Le littoral breton, après la marée noire, devient une archive à ciel ouvert.
Les rochers portent les traces du pétrole pendant des années.
Les habitants racontent encore aujourd’hui l’odeur, la texture, la couleur du mazout.
Cette matérialité de la trace est fondamentale : elle constitue une dramaturgie préexistante, un décor réel qui précède la scène.
Le théâtre n’invente pas la blessure : il la reconnaît, il la réactive, il la met en forme.
Le paysage comme acteur
Dans les créations nées après l’Amoco Cadiz, le paysage n’est pas un simple décor.
Il devient un acteur, un partenaire dramaturgique :
– la mer comme force tragique,
– les plages souillées comme espace performatif,
– les ports désertés comme lieux de mémoire,
– les rochers mazoutés comme objets scéniques.
Cette présence du paysage blessé inscrit le théâtre breton dans une écopoétique du réel, où la scène dialogue avec un territoire marqué.
Le littoral comme frontière politique
Le littoral est aussi un espace de tension :
– entre local et global,
– entre économie et écologie,
– entre mémoire et effacement,
– entre réparation et impossibilité de réparer.
Le théâtre breton s’empare de cette tension.
Il fait du littoral un espace dramaturgique liminal, un seuil où se rejouent les conflits du monde contemporain.
I.3. Les premières formes : proto-dramaturgies de la catastrophe
Des formes hybrides, entre rituel, témoignage et performance
Dans les années qui suivent l’Amoco Cadiz, les premières réponses artistiques ne prennent pas encore la forme de spectacles aboutis.
Elles sont souvent :
– improvisées,
– collectives,
– situées (sur les plages, dans les ports),
– éphémères,
– militantes.
On observe :
– des lectures publiques de témoignages,
– des veillées sur les plages souillées,
– des processions silencieuses,
– des performances de nettoyage ritualisées,
– des interventions théâtrales lors de réunions publiques.
Ces formes constituent une proto-dramaturgie de la catastrophe, où la scène n’est pas séparée du monde, mais immergée dans la réalité traumatique.
Le théâtre populaire comme premier vecteur
Les compagnies locales, les troupes amateurs, les collectifs citoyens jouent un rôle essentiel.
Elles inventent des formes modestes mais puissantes :
– saynètes documentaires,
– récits de marins,
– théâtre-forum avant l’heure,
– spectacles joués dans les salles polyvalentes.
Ce théâtre populaire est un théâtre de proximité, un théâtre de la communauté, un théâtre de la réparation symbolique.
La naissance d’une dramaturgie de la trace
Ces premières formes posent les bases d’une dramaturgie qui deviendra centrale :
– la trace matérielle (pétrole, filets souillés),
– la trace mémorielle (témoignages, photos),
– la trace corporelle (gestes de nettoyage, fatigue),
– la trace politique (colère, indignation).
La scène devient un lieu où les traces se réorganisent, se réinterprètent, se transmettent.
Conclusion
L’Amoco Cadiz n’est pas seulement un événement historique : c’est une matrice dramaturgique.
Il produit un imaginaire, une esthétique, une mémoire, une colère, une nécessité de dire.
Il transforme le littoral en scène blessée, et la scène en littoral symbolique.
Cette généalogie est indispensable pour comprendre les formes qui émergeront ensuite : théâtre documentaire, théâtre militant, performances littorales, dramaturgies de la contamination.
II. LE TRAUMA ÉCOLOGIQUE COMME MATIÈRE DRAMATURGIQUE
Le théâtre breton né des marées noires ne se contente pas de représenter un événement : il travaille un trauma, il l’incorpore, il le transforme en geste scénique.
Cette transformation n’est ni immédiate ni linéaire : elle procède par couches, par retours, par rémanences.
Le trauma écologique devient matière dramaturgique selon trois axes majeurs : la souillure, le deuil, l’enquête.
Ces trois axes ne sont pas des catégories séparées : ils forment un système dramaturgique, une manière d’habiter la scène après la catastrophe.
II.1. Dramaturgie de la souillure
La marée noire introduit dans le paysage breton une matière nouvelle : le pétrole brut, visqueux, opaque, collant.
Cette matière, qui n’appartient pas au monde littoral, vient le contaminer.
Elle devient un objet dramaturgique total, au sens où elle affecte :
– les corps,
– les gestes,
– les récits,
– les imaginaires,
– les dispositifs scéniques.
Je propose ici le concept de dramaturgie de la souillure, qui repose sur trois dimensions.
II.1.a. La contamination des matériaux scéniques
Dans les créations post-Amoco, les matériaux scéniques portent la trace de la catastrophe.
On observe :
– l’usage de matières sombres, épaisses, opaques ;
– des tissus imbibés, des filets souillés, des plastiques dégradés ;
– des sols scéniques glissants, instables, marqués ;
– des objets trouvés sur les plages, intégrés tels quels.
La scène devient un espace contaminé, où la matière n’est jamais neutre.
Elle est chargée d’histoire, de colère, de mémoire.
Cette contamination matérielle produit une esthétique spécifique :
une esthétique de la viscosité, de la résistance, de la lenteur.
Les corps doivent composer avec des matières qui entravent, qui salissent, qui pèsent.
II.1.b. La contamination des récits
Le trauma écologique produit une fragmentation narrative.
Les récits ne sont plus linéaires : ils sont contaminés par :
– des témoignages contradictoires,
– des archives incomplètes,
– des silences institutionnels,
– des mémoires divergentes,
– des temporalités disjointes.
La dramaturgie bretonne post-marée noire adopte souvent une forme polyphonique, où se croisent :
– voix de marins,
– voix de scientifiques,
– voix de bénévoles,
– voix d’enfants,
– voix d’oiseaux morts, parfois métaphoriquement.
Cette polyphonie n’est pas un simple effet esthétique : elle traduit la complexité du réel, la difficulté de dire la catastrophe, l’impossibilité d’un récit unique.
II.1.c. La contamination des temporalités
Le trauma écologique introduit une rupture temporelle.
Il y a un avant et un après, mais cet après est hanté par l’avant.
Les créations bretonnes travaillent cette temporalité fracturée :
– retours en arrière,
– projections dans un futur menacé,
– superposition de temps hétérogènes,
– répétition compulsive de scènes traumatiques.
La scène devient un espace où le temps est mazouté, englué, ralenti, perturbé.
La dramaturgie de la souillure est donc aussi une dramaturgie du temps blessé.
II.2. Dramaturgie du deuil écologique
Le théâtre breton post-marée noire met en scène un deuil particulier : un deuil écologique.
Il ne s’agit pas du deuil d’un individu, mais du deuil :
– d’un territoire,
– d’un écosystème,
– d’un métier,
– d’un rapport au monde.
Ce deuil est complexe, car il est impossible : on ne peut pas “enterrer” un littoral, ni “faire le deuil” d’une mer contaminée.
Le théâtre devient alors un espace où s’inventent des formes de deuil inédites.
II.2.a. Le deuil du territoire
Les créations bretonnes mettent en scène la perte du paysage comme perte d’un être cher.
Le littoral est traité comme un personnage blessé, un corps souffrant.
On observe :
– des lamentations collectives,
– des chants funèbres réinventés,
– des processions scéniques,
– des gestes de soin symboliques.
Le théâtre devient un rite funéraire pour un territoire.
II.2.b. Le deuil des métiers
La marée noire détruit des métiers ancestraux : pêche, conchyliculture, tourisme littoral.
Les spectacles donnent voix à cette perte :
– gestes de pêche rejoués, mais vides de sens ;
– outils devenus inutilisables ;
– récits de transmission interrompue ;
– scènes de travail fantômes.
La scène devient un musée vivant des gestes disparus.
II.2.c. Le deuil du rapport au vivant
La marée noire tue des milliers d’oiseaux, de poissons, de mammifères marins.
Cette hécatombe produit une dramaturgie du vivant blessé :
– oiseaux mazoutés représentés par des marionnettes, des ombres, des corps humains ;
– chorégraphies inspirées des mouvements d’animaux agonisants ;
– sons de la faune disparue intégrés dans la bande sonore.
Le théâtre devient un mémorial écologique, un lieu où l’on pleure le vivant.
II.3. Dramaturgie de l’enquête
La marée noire est aussi un scandale politique, économique, juridique.
Le théâtre breton s’empare de cette dimension en développant une dramaturgie de l’enquête.
II.3.a. La scène comme tribunal symbolique
De nombreuses créations rejouent :
– les procès,
– les auditions,
– les expertises,
– les confrontations.
La scène devient un tribunal alternatif, où l’on juge ce que la justice officielle n’a pas su juger.
II.3.b. La polyphonie documentaire
La dramaturgie de l’enquête repose sur l’usage de matériaux documentaires :
– rapports scientifiques,
– coupures de presse,
– archives vidéo,
– témoignages enregistrés,
– cartes, schémas, données.
Ces matériaux sont mis en tension, confrontés, réinterprétés.
Le théâtre devient un laboratoire de vérité.
II.3.c. L’acteur-enquêteur
Dans ces formes, l’acteur n’est plus seulement interprète : il devient enquêteur, chercheur, passeur de savoirs.
Il manipule des archives, interroge des témoins, reconstitue des faits.
La scène devient un espace de contre-expertise citoyenne.
Conclusion
Le trauma écologique breton produit une dramaturgie singulière, fondée sur la souillure, le deuil et l’enquête.
Ces trois dimensions forment un système cohérent, une manière d’habiter la scène après la catastrophe.
Elles constituent le socle du théâtre de la marée noire, que nous analyserons dans la Partie III.
III. VERS UN “THÉÂTRE DE LA MARÉE NOIRE” : PROPOSITION CONCEPTUELLE
L’expression “théâtre de la marée noire” n’existe pas encore dans la littérature universitaire.
Elle circule parfois dans des entretiens, des articles de presse, des discours militants, mais elle n’a jamais été théorisée.
Or, les matériaux accumulés depuis 1978 — œuvres, performances, archives, pratiques militantes — permettent aujourd’hui d’en proposer une définition rigoureuse, d’en faire un concept opératoire, un outil pour penser la dramaturgie écologique bretonne.
Cette partie vise donc à :
– définir ce que pourrait être un “théâtre de la marée noire”,
– en établir les critères,
– en cartographier les formes,
– en analyser l’esthétique,
– en montrer les enjeux politiques et épistémologiques.
III.1. Définition d’un genre émergent
Le “théâtre de la marée noire” n’est pas un genre au sens strict (comme la tragédie ou la farce), mais un champ dramaturgique, un ensemble de pratiques scéniques qui partagent une même origine traumatique et une même nécessité politique.
Je propose la définition suivante :
Le théâtre de la marée noire désigne l’ensemble des formes scéniques — documentaires, performatives, rituelles, narratives ou militantes — qui prennent pour matrice une catastrophe pétrolière littorale, et qui en explorent les dimensions écologiques, sociales, mémorielles et politiques à travers une dramaturgie de la contamination, du deuil et de l’enquête.
Cette définition repose sur cinq critères structurants.
III.1.a. Un événement fondateur : la marée noire comme matrice narrative
Le théâtre de la marée noire naît d’un événement traumatique précis :
– Amoco Cadiz (1978),
– Erika (1999),
– Prestige (2002),
– mais aussi les marées noires plus diffuses, moins médiatisées, qui jalonnent l’histoire bretonne.
La catastrophe n’est pas seulement un sujet : elle est une matrice, un point d’origine qui structure la dramaturgie.
III.1.b. Une esthétique de la contamination
Le théâtre de la marée noire se reconnaît à une esthétique spécifique :
– matières sombres, visqueuses, résistantes ;
– scénographies instables, glissantes, fragmentées ;
– corps entravés, ralentis, épuisés ;
– sons étouffés, saturés, granuleux ;
– récits contaminés par des archives, des silences, des contradictions.
Cette esthétique n’est pas décorative : elle est politique, car elle matérialise la violence industrielle.
III.1.c. Une dramaturgie de l’enquête
Les œuvres s’organisent souvent comme des enquêtes :
– reconstitution des faits,
– analyse des responsabilités,
– confrontation des discours,
– mise en scène des expertises,
– exposition des mensonges institutionnels.
La scène devient un contre-tribunal, un lieu où l’on cherche ce que la justice n’a pas su ou voulu établir.
III.1.d. Une relation organique au territoire littoral
Le théâtre de la marée noire est un théâtre du littoral.
Il ne peut exister sans un rapport direct à :
– la mer,
– les ports,
– les plages,
– les rochers,
– les oiseaux,
– les métiers de la mer.
Le territoire n’est pas un décor : il est un acteur, un corps blessé, un personnage collectif.
III.1.e. Une dimension politique explicite
Enfin, le théâtre de la marée noire est un théâtre engagé, au sens fort :
– il dénonce,
– il accuse,
– il documente,
– il mobilise,
– il transmet,
– il répare symboliquement.
Il ne se contente pas de représenter : il agit.
III.2. Corpus et cartographie : un champ encore méconnu
Pour établir la légitimité du concept, il faut montrer qu’il existe un corpus identifiable, même s’il est hétérogène.
Ce corpus comprend :
– des pièces documentaires,
– des spectacles de compagnies bretonnes,
– des performances littorales,
– des créations participatives,
– des actions militantes théâtralisées,
– des formes hybrides entre art et activisme.
Je propose ici une cartographie analytique, non exhaustive mais structurante.
III.2.a. Les pièces documentaires
Elles s’appuient sur :
– archives judiciaires,
– témoignages,
– rapports scientifiques,
– images d’époque.
Elles adoptent souvent une forme polyphonique, fragmentée, où la vérité est un champ de forces.
III.2.b. Les performances littorales
Elles se déroulent :
– sur les plages,
– dans les ports,
– sur les rochers,
– dans les friches industrielles.
Elles mobilisent le paysage comme partenaire dramaturgique.
Elles rejouent les gestes du nettoyage, de la collecte, du soin.
III.2.c. Les créations participatives
Elles impliquent :
– habitants,
– pêcheurs,
– bénévoles,
– associations écologistes.
Elles produisent une mémoire collective, une parole partagée, une dramaturgie communautaire.
III.2.d. Les actions militantes théâtralisées
Elles empruntent au théâtre :
– ses codes,
– ses rituels,
– ses dispositifs,
– ses stratégies de visibilité.
Elles transforment la lutte en performance, la performance en lutte.
III.3. Esthétique de la contamination : une signature dramaturgique
L’esthétique du théâtre de la marée noire repose sur une idée centrale :
la contamination n’est pas seulement un thème, c’est une forme.
III.3.a. Matières scéniques contaminées
Les matériaux utilisés portent la trace du pétrole :
– goudron symbolique,
– plastiques dégradés,
– filets usés,
– objets trouvés sur les plages.
La scène devient un écosystème blessé.
III.3.b. Chorégraphies de l’épuisement
Les corps sont :
– ralentis,
– entravés,
– alourdis,
– fatigués.
Ils rejouent les gestes du nettoyage, de la lutte, de la survie.
III.3.c. Polyphonies documentaires
Les voix se superposent :
– scientifiques,
– politiques,
– habitantes,
– animales,
– médiatiques.
La vérité n’est jamais donnée : elle est à construire.
III.3.d. Temporalités fracturées
Le temps est :
– suspendu,
– englué,
– cyclique,
– hanté.
La catastrophe revient, encore et encore, comme un reflux.
Conclusion
Le “théâtre de la marée noire” n’est pas une simple étiquette : c’est un outil critique, une manière de penser un ensemble de pratiques scéniques qui ont émergé en Bretagne à partir d’un trauma écologique majeur.
Il possède une esthétique identifiable, une généalogie précise, une fonction politique forte.
Il constitue un champ d’étude à part entière, encore largement inexploré.
IV. LA SCÈNE MILITANTE : DU RÉCIT À L’ACTION
Le théâtre breton issu des marées noires ne se limite pas à une fonction mémorielle ou documentaire.
Il s’inscrit dans un mouvement plus large de politisation des pratiques artistiques, où la scène devient un espace d’action, de mobilisation, de transformation sociale.
Cette scène militante ne se substitue pas aux luttes écologiques : elle les accompagne, les amplifie, les ritualise, les rend visibles.
Elle constitue un écosystème d’engagement, où se croisent artistes, habitants, associations, scientifiques, militants.
Cette partie analyse trois dimensions essentielles :
1. le théâtre comme outil d’éducation populaire ;
2. l’émergence d’un théâtre activiste ;
3. la dramaturgie de la réparation.
IV.1. Théâtre et éducation populaire : une tradition bretonne réactivée
La Bretagne possède une longue tradition d’éducation populaire : cercles celtiques, chorales, troupes amateurs, fêtes maritimes, festivals locaux, réseaux associatifs.
Cette tradition constitue un terreau fertile pour l’émergence d’un théâtre écologique militant.
IV.1.a. Un théâtre ancré dans les lieux du quotidien
Contrairement aux grandes institutions nationales, le théâtre militant breton se déploie dans :
– les salles polyvalentes,
– les ports,
– les hangars,
– les plages,
– les marchés,
– les écoles,
– les fêtes de village.
Ces lieux ne sont pas neutres : ils sont habités, chargés d’histoire, de mémoire, de conflits.
Le théâtre y trouve une proximité immédiate avec les habitants, une capacité d’interpellation directe.
IV.1.b. Un théâtre qui transmet des savoirs écologiques
Les spectacles issus des marées noires intègrent souvent des contenus pédagogiques :
– explication des mécanismes de pollution,
– présentation des enjeux juridiques,
– vulgarisation scientifique,
– contextualisation historique,
– analyse des responsabilités industrielles.
Mais cette transmission n’est jamais descendante : elle est dialogique, participative, polyphonique.
Le théâtre devient un espace de circulation des savoirs, où les habitants eux-mêmes deviennent experts de leur territoire.
IV.1.c. Un théâtre qui fabrique du collectif
L’éducation populaire n’est pas seulement une question de savoir : c’est une question de collectif.
Les créations militantes bretonnes :
– impliquent des habitants dans les répétitions,
– recueillent des témoignages,
– organisent des ateliers,
– co-construisent des scènes avec des pêcheurs, des bénévoles, des jeunes,
– créent des chœurs citoyens.
Le théâtre devient un outil de cohésion, un moyen de reconstruire un tissu social fragilisé par la catastrophe.
IV.2. L’émergence d’un théâtre activiste : quand la scène devient lutte
À partir des années 2000, et plus encore après l’Erika (1999), on observe une mutation :
le théâtre ne se contente plus d’accompagner les luttes écologiques, il devient lui-même une forme de lutte.
IV.2.a. Des spectacles co-construits avec les associations écologistes
De nombreuses créations sont élaborées en partenariat avec :
– des collectifs anti-pollution,
– des associations de défense du littoral,
– des ONG environnementales,
– des groupes de bénévoles du nettoyage,
– des comités de soutien aux pêcheurs.
Ces collaborations produisent des formes hybrides, à la frontière entre :
– théâtre documentaire,
– action militante,
– assemblée citoyenne,
– performance rituelle.
Le spectacle devient un outil stratégique dans la lutte.
IV.2.b. Les actions-performances lors de manifestations
Le théâtre activiste breton investit l’espace public :
– die-in sur les plages,
– cortèges chorégraphiés,
– lectures publiques de témoignages,
– reconstitutions symboliques de procès,
– performances de nettoyage ritualisé,
– interventions lors de réunions publiques ou de conseils municipaux.
Ces actions utilisent les codes du théâtre pour rendre visible l’invisible, pour dramatiser les enjeux écologiques, pour mobiliser les corps et les émotions.
IV.2.c. Le théâtre-forum écologique
Inspiré d’Augusto Boal, le théâtre-forum est largement utilisé en Bretagne pour :
– débattre des projets industriels,
– analyser les conflits d’usage du littoral,
– imaginer des alternatives,
– donner la parole aux habitants.
Le public devient acteur, propose des solutions, rejoue des scènes de conflit.
La scène devient un laboratoire démocratique, un espace d’expérimentation politique.
IV.2.d. Le théâtre comme stratégie médiatique
Certaines actions militantes utilisent le théâtre pour :
– attirer les médias,
– produire des images fortes,
– créer des récits mobilisateurs,
– influencer l’opinion publique.
Le théâtre devient un outil de communication politique, un moyen de contrer les discours institutionnels ou industriels.
IV.3. Dramaturgie de la réparation : soigner le territoire, soigner la communauté
La scène militante bretonne ne se limite pas à la dénonciation : elle explore des formes de réparation symbolique, essentielles dans les contextes de trauma écologique.
IV.3.a. La réparation symbolique du territoire
Les spectacles mettent en scène des gestes de soin :
– nettoyer symboliquement une plage,
– envelopper un rocher dans un tissu blanc,
– enterrer un oiseau mazouté,
– reconstruire un filet déchiré,
– chanter pour la mer.
Ces gestes ne réparent pas matériellement, mais ils réparent symboliquement, ils permettent de réinscrire le territoire dans un récit de résilience.
IV.3.b. La réparation narrative
Le théâtre répare aussi les récits :
– il redonne voix aux oubliés,
– il corrige les versions officielles,
– il réhabilite les savoirs locaux,
– il recompose une mémoire collective.
La réparation narrative est un acte politique : elle lutte contre l’effacement, l’amnésie, la confiscation du récit par les institutions.
IV.3.c. La réparation communautaire
Les spectacles deviennent des rituels de rassemblement :
– veillées,
– processions,
– chœurs,
– repas partagés,
– discussions post-spectacle.
Ils permettent à la communauté de se retrouver, de partager la douleur, de transformer la colère en action.
IV.3.d. La réparation écologique intégrée
Certaines créations intègrent des gestes écologiques réels :
– plantations,
– nettoyages,
– restauration de dunes,
– actions de sensibilisation.
Le théâtre devient un acte écologique en lui-même.
Conclusion
La scène militante bretonne constitue un champ d’innovation dramaturgique majeur.
Elle transforme le théâtre en outil d’éducation, en arme politique, en rituel de réparation, en espace de mobilisation.
Elle montre que l’art n’est pas seulement un miroir du monde, mais un acteur du monde, capable de contribuer à la lutte écologique.
V. MÉTHODOLOGIE : POUR UNE ÉCO-DRAMATURGIE TERRITORIALE
Étudier le théâtre né des marées noires en Bretagne exige une méthodologie spécifique, capable d’articuler les outils des études théâtrales, de l’écocritique, de l’anthropologie du littoral, de la sociologie des mobilisations, et des études du trauma.
Il ne s’agit pas seulement d’analyser des œuvres : il s’agit de comprendre un écosystème dramaturgique, un ensemble de pratiques artistiques, sociales, politiques et territoriales.
Cette méthodologie repose sur cinq piliers :
1. l’analyse dramaturgique ;
2. l’enquête de terrain ;
3. l’étude des archives ;
4. les entretiens et récits de vie ;
5. l’approche éco-critique et anthropologique.
Ces piliers ne sont pas juxtaposés : ils forment un dispositif méthodologique intégré, adapté à un objet complexe.
V.1. Analyse dramaturgique : comprendre les formes, les dispositifs, les esthétiques
L’analyse dramaturgique constitue le cœur de la méthodologie.
Elle permet de comprendre comment les œuvres transforment la catastrophe en matière scénique.
V.1.a. Analyse des dispositifs scéniques
Il s’agit d’étudier :
– les scénographies (matériaux, textures, spatialités) ;
– les dispositifs documentaires (archives, vidéos, témoignages) ;
– les chorégraphies (gestes du nettoyage, de l’épuisement, de la lutte) ;
– les dispositifs sonores (mer, moteurs, cris d’oiseaux, silences) ;
– les lumières (zones d’ombre, halos, obscurité pétrolière).
Cette analyse permet de comprendre comment la scène devient un écosystème contaminé, un espace où la matière porte la mémoire du trauma.
V.1.b. Analyse des structures narratives
Les œuvres issues des marées noires adoptent souvent :
– des récits fragmentés,
– des polyphonies,
– des temporalités disjointes,
– des retours compulsifs,
– des enquêtes inachevées.
L’analyse narrative permet de saisir comment le trauma structure le récit, comment la catastrophe engendre une dramaturgie du temps blessé.
V.1.c. Analyse des régimes de présence
Les acteurs ne jouent pas seulement des personnages : ils incarnent des rôles hybrides :
– enquêteurs,
– témoins,
– passeurs de mémoire,
– experts,
– habitants,
– corps contaminés.
L’analyse des régimes de présence permet de comprendre comment le théâtre breton brouille les frontières entre fiction, témoignage et performance.
V.2. Enquête de terrain : observer les pratiques in situ
Le théâtre de la marée noire est un théâtre situé.
Il ne peut être compris sans une enquête de terrain, qui implique :
– observation de répétitions,
– observation de représentations,
– participation à des ateliers,
– présence lors d’actions militantes,
– immersion dans les lieux (ports, plages, salles polyvalentes).
V.2.a. L’observation participante
L’observation participante permet de saisir :
– les dynamiques de groupe,
– les processus de création,
– les interactions entre artistes et habitants,
– les tensions internes,
– les gestes de soin, de réparation, de mobilisation.
Elle permet de comprendre le théâtre non comme un produit fini, mais comme un processus, un travail collectif, un rituel en construction.
V.2.b. L’observation des représentations
Observer les représentations dans leurs contextes réels (plages, ports, salles polyvalentes) permet de saisir :
– la réception du public,
– les émotions collectives,
– les réactions spontanées,
– les interactions entre scène et territoire,
– les effets politiques immédiats.
Le théâtre de la marée noire est un théâtre situé, contextuel, réactif : il doit être observé dans son milieu.
V.3. Étude des archives : reconstruire la mémoire de la catastrophe
Les archives sont essentielles pour comprendre la généalogie du théâtre breton post-marée noire.
V.3.a. Archives judiciaires
Les procès de l’Amoco Cadiz et de l’Erika constituent des matériaux dramaturgiques majeurs :
– expertises,
– auditions,
– rapports,
– décisions,
– contre-expertises.
Ces archives permettent de comprendre la dramaturgie de l’enquête et la manière dont le théâtre s’empare des zones d’ombre.
V.3.b. Archives médiatiques
Les coupures de presse, reportages, photographies, vidéos d’époque permettent de saisir :
– la construction médiatique de la catastrophe,
– les récits dominants,
– les silences,
– les contradictions.
Le théâtre breton travaille souvent contre ces récits médiatiques, ou à partir d’eux.
V.3.c. Archives locales
Les archives locales (mairies, associations, familles) sont essentielles :
– carnets de bénévoles,
– photos de nettoyage,
– lettres,
– journaux intimes,
– objets conservés.
Elles constituent une mémoire intime, affective, territoriale.
V.4. Entretiens et récits de vie : écouter les voix du littoral
Le théâtre de la marée noire est un théâtre de la voix.
Les entretiens permettent de recueillir :
– des récits de marins,
– des témoignages de bénévoles,
– des paroles de scientifiques,
– des souvenirs d’enfants,
– des analyses de militants,
– des réflexions d’artistes.
V.4.a. Entretiens semi-directifs
Ils permettent d’explorer :
– les mémoires traumatiques,
– les perceptions du littoral,
– les représentations de la catastrophe,
– les attentes envers le théâtre.
V.4.b. Récits de vie
Les récits de vie permettent de comprendre comment la catastrophe s’inscrit dans :
– les biographies,
– les trajectoires professionnelles,
– les identités familiales,
– les transmissions intergénérationnelles.
Le théâtre breton s’appuie souvent sur ces récits pour construire ses dramaturgies.
V.5. Approche éco-critique et anthropologique : penser le littoral comme acteur
Enfin, la méthodologie doit intégrer une approche éco-critique et anthropologique.
V.5.a. L’écocritique : penser le théâtre dans l’Anthropocène
L’écocritique permet de situer le théâtre breton dans un contexte plus large :
– crise écologique globale,
– Anthropocène,
– extractivisme,
– vulnérabilité des milieux,
– effondrement des écosystèmes.
Elle permet de comprendre la marée noire comme symptôme d’un système.
V.5.b. L’anthropologie du littoral
Le littoral n’est pas un simple décor : c’est un milieu, un acteur, un agent.
L’anthropologie du littoral permet de saisir :
– les pratiques maritimes,
– les savoirs locaux,
– les rituels,
– les conflits d’usage,
– les attachements au territoire.
Le théâtre breton est un théâtre écologique au sens fort : il met en scène des relations entre humains et milieux.
V.5.c. Les études du trauma
Les marées noires produisent un trauma collectif.
Les études du trauma permettent de comprendre :
– la répétition,
– la fragmentation,
– la mémoire blessée,
– la transmission intergénérationnelle,
– la difficulté de dire.
Le théâtre devient un espace de mise en forme du trauma.
Conclusion
La méthodologie proposée ici est à la fois :
– interdisciplinaire,
– située,
– rigoureuse,
– innovante,
– adaptée à un objet complexe.
Elle permet de saisir le théâtre breton post-marée noire non comme un simple corpus d’œuvres, mais comme un phénomène socio-écologique total, un espace où se rejouent les relations entre humains, milieux, mémoires et luttes.
VI. CONCLUSION GÉNÉRALE : VERS UNE ÉCOSCÈNE BRETONNE
Le parcours proposé dans cet article montre que la Bretagne n’est pas seulement un territoire frappé par des catastrophes écologiques : elle est un laboratoire dramaturgique, un espace où s’inventent des formes scéniques capables de répondre à la violence environnementale, de la transformer, de la ritualiser, de la politiser.
Depuis l’Amoco Cadiz, la région a vu émerger un ensemble de pratiques artistiques qui constituent un champ cohérent, identifiable, théorisable : ce que nous avons nommé le théâtre de la marée noire.
Cette conclusion propose trois apports majeurs :
1. une relecture du théâtre breton à travers le prisme écologique ;
2. une théorie du théâtre de la marée noire comme champ dramaturgique ;
3. une proposition conceptuelle plus large : l’écoscène bretonne.
VI.1. Le théâtre breton comme archive vivante des catastrophes
L’analyse menée montre que le théâtre breton n’est pas un simple miroir des événements écologiques : il en est une archive vivante, un espace où se rejouent les mémoires blessées, les colères, les silences, les résistances.
Il constitue une forme de contre-histoire, qui corrige, complète ou contredit les récits institutionnels.
Le théâtre breton :
– conserve les traces matérielles (filets, rochers, objets souillés),
– transmet les récits intimes (témoignages, souvenirs, gestes),
– réactive les émotions collectives (colère, deuil, indignation),
– politise la mémoire (responsabilités, injustices, luttes).
Il devient un lieu de mémoire écologique, au sens où Pierre Nora parle des lieux de mémoire historiques : un espace où se cristallise une identité blessée, mais aussi une capacité de résistance.
VI.2. Le théâtre de la marée noire : un champ dramaturgique nouveau
L’article a proposé une définition rigoureuse du théâtre de la marée noire, fondée sur cinq critères :
– un événement fondateur,
– une esthétique de la contamination,
– une dramaturgie de l’enquête,
– une relation organique au littoral,
– une dimension politique explicite.
Ce champ dramaturgique possède une cohérence interne, une généalogie, une esthétique, une fonction sociale.
Il constitue un objet d’étude à part entière, encore largement ignoré par la recherche universitaire, mais d’une richesse exceptionnelle.
Le théâtre de la marée noire n’est pas un sous-genre du théâtre documentaire :
il est une dramaturgie territoriale, une dramaturgie du trauma, une dramaturgie écologique.
Il ne se contente pas de représenter la catastrophe :
il travaille la catastrophe, il la transforme, il la transmet, il la politise.
VI.3. Vers une écopoétique du littoral : la scène comme milieu
L’un des apports majeurs de cette étude est de montrer que le théâtre breton post-marée noire ne peut être compris sans une approche éco-critique et anthropologique.
La scène n’est pas un espace abstrait : elle est un milieu, un écosystème, un territoire.
Le littoral breton devient un acteur dramaturgique :
– il impose ses rythmes (marées, vents, saisons),
– il impose ses matières (sable, eau, rochers, algues),
– il impose ses blessures (pétrole, déchets, pollutions),
– il impose ses mémoires (gestes, métiers, récits).
Le théâtre devient alors une écoscène, un espace où se rejouent les relations entre humains et milieux, où se négocient les conflits écologiques, où se réinventent les liens au vivant.
Cette écopoétique du littoral ouvre un champ théorique nouveau, qui dépasse largement le cas breton :
elle permet de penser le théâtre dans l’Anthropocène, comme art de la relation, de la vulnérabilité, de la réparation.
VI.4. Le théâtre comme outil de réparation écologique
L’étude montre que le théâtre breton ne se limite pas à la dénonciation : il propose des formes de réparation symbolique, essentielles dans les contextes de trauma écologique.
Cette réparation prend plusieurs formes :
– réparation du territoire (gestes symboliques, rituels, performances littorales),
– réparation des récits (contre-histoires, polyphonies, témoignages),
– réparation communautaire (chœurs, veillées, ateliers, actions collectives),
– réparation écologique intégrée (plantations, nettoyages, actions militantes).
Le théâtre devient un laboratoire de résilience, un espace où l’on soigne les blessures du territoire et celles de la communauté.
VI.5. Une contribution à la pensée écologique contemporaine
Enfin, le théâtre de la marée noire apporte une contribution essentielle à la pensée écologique contemporaine :
– il montre que les catastrophes ne sont pas seulement des événements, mais des processus ;
– il révèle la dimension affective et symbolique des crises écologiques ;
– il propose des formes de mémoire alternative ;
– il invente des rituels de réparation ;
– il politise la question écologique en la rendant sensible, incarnée, située.
Il constitue une réponse artistique à l’Anthropocène, non pas par la représentation de l’effondrement, mais par la construction de communautés de soin, par la réinvention des liens au vivant, par la mise en scène de la vulnérabilité partagée.
VI.6. Conclusion finale : un théâtre pour habiter autrement le monde
Le théâtre breton né des marées noires n’est pas un théâtre de la catastrophe :
c’est un théâtre de la transformation.
Il ne se contente pas de montrer ce qui a été détruit :
il cherche à réparer, à transmettre, à mobiliser, à réinventer.
Il ne se contente pas de raconter la mer souillée :
il cherche à réapprendre à habiter le littoral, à renouer avec les gestes, les savoirs, les mémoires.
Il ne se contente pas de dénoncer les injustices écologiques :
il propose des formes de résistance, des espaces de solidarité, des rituels de soin.
En ce sens, le théâtre de la marée noire n’est pas seulement un objet d’étude :
il est une pratique du monde, une manière de faire face à la catastrophe, une manière de continuer à vivre, à lutter, à créer.
Il ouvre la voie à une écopoétique du littoral, à une dramaturgie de la réparation, à une pensée écologique incarnée.
Il montre que le théâtre peut être un outil de vigilance, un lieu de mémoire, un espace de transformation.
Il nous invite, enfin, à habiter autrement le monde.
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